- MR POST -
- QUI ÊTES VOUS MISTER POST ? -
La pratique artistique de Mr Post est marquée par la diversité de ses expérimentations : dessins, collages, peintures, encres de chine, bois gravés sont explorés parfois conjointement, parfois séparément comme autant de voies possibles au sein d’une même aventure orientée vers la création d’une énergie plastique et visuelle. L’artiste puise aussi bien dans l’héritage de la « grande peinture » (Turner, Matisse, Baselitz, Willem de Kooning..) que dans l’histoire du graffiti dans l’art (Toxic, Futura, Rammellzee, Keith Haring).
Après plus de vingt ans dans la cité phocéenne, Mr Post a regagnié l’atelier Familial à St Maximin la Sainte Baume. Un nouveau départ.
- COMMENT TRAVAILLEZ VOUS ? -
“Le dessin est souvent à l’origine de mes propositions plastiques. Au début, des idées, des intuitions, des flashs se juxtaposent. Les dessins ont leur propre autonomie. Les compositions de mes peintures s’articulent morceaux par morceaux et progressivement plan par plan; elles sont fragmentées. Les peintures ont un temps de séchage rapide. Cet impératif technique impose une certaine instantanéité du geste, j’ai besoin de cette rapidité d’exécution, bien que certains autres morceaux relèvent d’une technique plus lente.”
- A l'oeuvre -
- ET SI VOUS NOUS EN DISIEZ UN PEU PLUS -
- ET SI VOUS NOUS EN DISIEZ UN PEU PLUS -
“Ma peinture s’insère dans une certaine forme de figuration liée à la culture Hip Hop dans le sens où elle cherche la même énergie que le rap. C’est une peinture liée au mix et composée de scratches. La notion même de scratch dans la peinture va dans le sens où il s’agit d’intégrer, d’articuler un “morceau” avec un autre; la construction sonore et picturale doivent avoir la même résonance en des termes différents.” Alexandre DIOT alias Mister Post.
- LE PETIT MOT DE LA FIN (à déplier)-
S’il est très urbain, Mr Post n’est pas un Monsieur, c’est un Mister (un mystère). Unnom d’artiste qui esquive la confusion de son vrai patronyme avec celui de sonpère, lui aussi artiste peintre. Un blaze clin d’oeil à « l’anonymat » traditionnel duGraffiti. « post », c’est « après », c’est se situer dans une position d’héritage, de faire avec, d’aller au-delà. L’artiste est post en avant-poste dans son plurivers. De quoi et de qui et de quand ? Son travail y répond.Il est rare que tout s’embrasse d’un seul regard dans une oeuvre. L’à-priori populaire de l’incompréhension de l’art contemporain ne vient pas de sa réelle confrontation mais du paradoxe de ce désir pieux de la sacralisation de l’Art avec un grand A et dans le même temps du fantasme existentiel d’être dans dans une position dominante dans ses rapports de je à lui. Les deux faces d’une sorte de folie des grandeurs.
Comment un seul regard instantané pourrait-il comprendre la complexité des jeuxde miroirs d’un monde de plus en plus polymorphe et de plus en plus fragmenté, de plus en plus rapide et de plus en plus incertain, de plus en plus hétérogène et de plus en plus saturé. Un seul regard est une limite. Chez Mr Post, le champ de la peinture s’accorde finalement dans ses impressions avec le champ visuel d’une vie occidentale, un ordinaire plus polymorphe que jamais d’une réalité plus polymorphe que jamais. Il y a pourtant chez lui cette tentative -classique à sa façon- de tenter de tout rassembler en un même espace, une même composition moléculaire, un même souffle d’inspiration, l’ambition de se colleter à la représentation de cette chimère du seul regard. Sauf que la limite du cadre y est malaxée, brouillée, éclatée, débordée… Invité à l’exploration d’un écosystème artistique, le seul regard navigue sur les flux de formes, de signes, de couleurs, d’impressions. Cela passe par une stratégie de composition explosive, la dynamique du mix, l’esprit du collage, cette manière aérienne de penser et de voir sans hiérarchie qui permet la démultiplication du 1.
Un travail composite nécessite de définir une règle du jeu où les champs convoqués sont les joueurs mis en jeu. Un jeu de collisions où les formes sont en même temps en voie d’émergence et de disparition, comme dans des corps à corps. La rencontre dans une même surface peut aussi s’entendre « match », dans le sens classique de « confrontation » et dans le sens néologique de « aller bien ensemble ». La composition produit une sorte d’interpolation d’un travail qui met en mouvement les éléments et qui place les différentes représentations de flux en une seule image. La densité plastique de l’explosion est alors une puissance positive, une destruction créatrice qui tient de la chorégraphie et pas de l’annihilation. Le souffle de l’explosion est le liant entre les fragments et imprime son rythme.Le langage développé par Mr Post emprunte aux avant-gardes du XXe siècle,
puise sa grammaire esthétique, que ce soit le Cubisme, le collage, le décoratif, l’Expressionnisme abstrait, le Pop, la Figuration libre ou le Graffiti/Street art pour les plus récents. Son vocabulaire de formes et de figures se déploie sur l’ensemble de ses productions, les toiles comme les bois gravés, mais ce sont les dessins au crayon qui tiennent lieu de “pierres de Rosette” car s’y retrouve assemblée une palette de son écriture graphique, entre l’alphabet de signes, la carte mentale, lesnotes graphiques et le “message du 3e type”. Ni esquisse ni préparatoire, le dessin se présente comme des petits travaux, une observation de soi sous forme de dérive graphique qui entremêle figurations et abstractions. C’est un déplacement de surface parmi d’autres, rassemblés en un ouvrage, une cinématique en essaims et carambolages. Une sorte de journal de flânerie artistique dans son propre travail.
Tout le monde vit dans le collage à sa façon, de manière plus ou moins consciente, de manière plus ou moins abstraite, de manière plus ou moins volontaire, de manière plus ou moins connectée socialement. Tout le monde improvise s’il le peut. C’est en quelque sorte notre « mixlife » qui paradoxalement rêve de maîtrise et de liberté, de connaissance et de surprise. Si nous composions la partition visuelle de nos gestes, pensées et figurations existentielles en tous genres, le résultat de cette dynamique -et plus encore son interprétation- pourrait être un enchevêtrement hétérogène de formes, d’écritures, d’images mentales, de couleurs, d’ornements, de sources, d’impensés, d’intentions, de contraintes, d’hypertextes, de forces et de hasards, à l’organisation surprenante, à la fantaisie maitrisée, à la confusion programmée, au rythme proliférant, à la résolution incertaine, à l’explosivité vitale. Cette explosion (en dépit du référentiel graffiti) se révèle en cet art plus spectaculaire que destructrice, plus joyeuse qu’exorciste, plutôt le feu d’artifice que la bombe.
Donc tout le monde mixe en quelque sorte, une musique existentielle définitivement « work in progress », peut-être même que le mix représente une énergie performative de la vie (l’artiste se réfère au “scratch”, je pense plutôt “mix”, c’est-à-dire quelque chose qui se réfléchit plutôt à l’échelle globale de la production que résumée à un geste).L’esprit de collage est une esthétique qui joue entre autre du « heureux hasard ». Ce terme est loin d’être anodin, il me semble. C’est probablement pour cette raison qu’il est si facile de se sentir étonnamment proche des pièces de Mr Post. Pour un franc-tireur comme lui, qui mixe ses affinités, ses appétits, ses savoirs à l’improvisation, l’intuition, le métier, et l’expérience, ce qui est fait est ce qui définit, ce qui définit est ce qui anime, ce qui anime est ce qui porte, ce qui porte est ce qui oeuvre, ce qui oeuvre est ce qui fait.
Les récents Découpages incarnent avec cette logique de déplacement par allers-retours où les temps se mélangent. Mr Post y peint du papier (des monochromes éphémères, des textures animées en couleurs). Dans ce premier temps, il peint mais ne peint pas le tableau. Puis il vient découper ces papiers peints en formes informes pour se constituer une bibliothèque de pièces. Puis il est question decomposer des tableaux avec ces samples uniques qui s’imbriquent et jouent chacun une touche. Peindre alors devient agrafer et agrafer (et non pas coller) ces reliefs est un geste de bricolage assumé et semble vouloir dire que le tableau n’est jamais définitif. Les Découpage sont comme des pages ouvertes qui se réactualisent morceau par morceau dans une réalité mosaïque infinie. Construire/détruire/construire/etc. L’occupation de l’espace est intuitive, mesurée à l’expérience, construite par couches (exposé/caché) et par flux (animation de surface), dans une sorte d’inachèvement achevé qui permet une dynamique de tension, une vitalité anti-statique, et donne à voir une part d’inconnu.
Le champ du Graffiti permet d’ancrer d’une certaine manière dans le réel et une iconographie populaire actuelle, tant il a envahi les rues et colonisé les espaces publics. Dépayser le Street art revient à le “dénaturaliser” tout en mettant en œuvre sa fluidité, et le rapatrier à l’atelier, au tableau, consiste à le ramener à son identité multiple qui mêle son patrimoine à sa réalité clandestine d’art contemporain (qui évolue depuis toujours avec ses « outsiders »). Changement d’échelle dans un changement de scène qui en transposant la peinture de rue à la toile interroge son utopie. Le cadre rassemble les flux, la surface offre ce moment d’image, cet instant d’immobilité flottante quand tout tourne autour de nous.
L’art contemporain est caractérisé en Occident par une philosophie de l’interdisciplinarité, une fracture des temps, une déconstruction culturelle et sociale, une multiplicité des histoires, une pensée de libération qui remettent en question les fonctions de l’art pour sortir de la distinction classique art/vie et de la tradition d’innovation. On n’est en fait pas très loin de la définition d’un Grand Mix. Il n’y a ainsi pas d’horizon dans les compositions de Mr Post. L’idée évoquée dans un titre d’exposition “entre deux” aux Pénitents noirs exprime littéralement cette envie de se placer en dehors d’une binarité radicale mais pas forcément d’une bipolarité créatrice (art contemporain/graffiti). C’est un travail qui s’écrit au positif et refuse les préjugés. Il n’est pas dans un « entre deux » en double rupture mais dans un mixage d’éléments artistiques comme forme naturaliste, où l’art n’est pas affaire de définition mais dès l’origine un liant.
Le tableau, la feuille, le bois découpé ne sont pas des espaces de duels mais de danse, les mouvements sont des glissements, les désaccords sont des accords. La surface (du tableau, du papier, du bois) est le lieu de rencontre, de confrontation, d’engagement, d’accrochage et de défi entre les 2 espaces qui l’inspirent et qu’elle cultive, celui de l’Histoire de l’art et celui du Graffiti. La surface, c’est le dancefloor pour des chorégraphies de luttes d’influences, sur fond d’amour et de break entre écritures graphiques avec beaucoup de « hop », des gestes contrôlés et des mouvements brusques, des plans aériens et des tempos agressifs, des scratchs figuratifs et des cuts de trames, une palette vibrante et des bombes festives, des compositions où on imagine Mr Post peindre debout.
